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Extrait : « “Dieu merci, un jour ce sera un
nouveau monde, différent de celui que je connais, et
c’est toi qui devras y vivre. Alors t’as intérêt
à t’y préparer”, disait-il.
Ça ressemblait à un conseil ; je savais qu’en
réalité il s’agissait d’un ordre.
Il m’avait dit cela d’un air grave. Et il semblait
un peu perdu, déconcerté. Sans doute prenait-il
conscience que pour me préparer, il devait aussi me
perdre, comme si effectivement il allait me placer dans une
autre famille.
Chaque matin tôt, j’allai dans mon école
privée d’élite et chaque soir tard je
rentrais chez moi. Je ne voyais mon père que la nuit
; il travaillait la nuit mais ses horaires ne chevauchaient
pas toujours les miens. J’étais en train de devenir
quelqu’un de différent ; comme tous les adolescents,
bien sûr, mais quelque chose d’autre se passa.
Je devenais un étranger dans sa propre maison. Comme
les enfants d’immigrants, j’absorbais la culture
du nouveau monde.
À ma façon, je commençais aussi à
prendre mon envol. À moins que l’on ne m’y
ait poussé? »
À travers l’histoire de sa famille (et de son
Jupiter de père ! tyrannique et terrifiant mais aussi
attachant et rigolard) c’est l’histoire des Noirs
américains qui apparaît en filigrane.
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